Endothermie régionale
L’endothermie régionale permet à un animal de maintenir certains tissus à une température supérieure à celle du milieu grâce à la chaleur produite dans son corps. Chez plusieurs poissons, elle concerne des régions musculaires, viscérales ou sensorielles. Elle dépend de la production et de la conservation de chaleur ; elle n’implique ni une température uniforme du corps ni une indépendance complète envers l’eau environnante.
Produire et retenir la chaleur
L’activité métabolique, notamment celle des muscles, libère de la chaleur. Chez la plupart des poissons, une part importante se dissipe vers l’eau, en particulier lors du passage du sang dans les branchies. Une production élevée ne suffit donc pas, à elle seule, à maintenir un tissu plus chaud que le milieu.
Chez les thons et plusieurs Lamnidae, l’organisation des vaisseaux limite ces pertes dans certaines régions. Des réseaux où des flux sanguins circulent à contre-courant permettent au sang veineux chaud de transférer de la chaleur au sang artériel plus froid qui revient des branchies. Ce transfert conserve une partie de la chaleur dans les tissus concernés sans créer d’énergie supplémentaire.
La position des muscles et l’organisation des réseaux vasculaires contribuent également au bilan thermique. Les thons et les requins lamnidés présentent des solutions convergentes, bien que leur anatomie et leur histoire évolutive diffèrent.
Des régions et des mécanismes différents
Tous les poissons présentant un tissu chaud ne disposent pas du même dispositif. Certains poissons à rostre possèdent un organe chauffant associé aux yeux et au cerveau. Sa production de chaleur ne se résume pas au travail des muscles locomoteurs. Il faut distinguer ce mécanisme d’une rétention de chaleur produite par la nage.
Une région chaude peut soutenir des fonctions musculaires ou sensorielles dans des eaux plus froides. L’effet dépend toutefois de l’espèce, du tissu et des conditions. Il ne permet pas d’attribuer une performance unique à tous les poissons concernés.
Décrire le fonctionnement thermique
L’écart thermique se mesure entre le tissu et l’eau, dans des conditions connues. Activité, taille, profondeur et changements de milieu peuvent modifier l’écart observé. Un tissu momentanément chaud après une exposition à une eau plus chaude ne démontre pas, à lui seul, une production endogène de chaleur retenue.
Endothermie et homéothermie décrivent deux aspects différents : la première concerne l’origine interne de la chaleur, la seconde la stabilité de la température. Un poisson à endothermie régionale peut conserver des gradients entre organes et subir des variations au cours de ses déplacements. Une température régionale élevée ne signifie donc pas que l’animal entier est constamment « à sang chaud ».