Corallivorie
La corallivorie est la consommation du mucus, des tissus vivants ou de l’ensemble tissu-squelette d’un corail par un animal. Elle est pratiquée par des poissons et par plusieurs groupes d’invertébrés. Selon l’espèce, elle constitue une alimentation obligatoire, une ressource importante ou une prise occasionnelle. Ses effets dépendent du mode d’alimentation, de l’intensité des prélèvements et de l’état du corail.
Modes d’alimentation
Les consommateurs de mucus prélèvent surtout les sécrétions superficielles, parfois avec une faible quantité de tissu. Les brouteurs de tissus retirent des polypes ou des fragments mous en laissant l’essentiel du squelette en place. Les racleurs enlèvent simultanément le tissu et une mince couche minérale, tandis que les excavateurs arrachent des morceaux plus profonds du squelette portant les tissus vivants.
Cette distinction sépare la corallivorie de la bioérosion. Une morsure de racleur ou d’excavateur réalise les deux processus, mais un animal qui consomme seulement du mucus ou des polypes n’érode pas nécessairement le squelette. Inversement, le creusement d’un substrat corallien mort n’est pas une consommation de corail vivant.
Les poissons-papillons comprennent de nombreux corallivores spécialisés ou facultatifs. Des labres, poissons-perroquets, poissons-limes, poissons-balistes et poissons-globes consomment aussi des coraux selon les espèces. Parmi les invertébrés figurent notamment des étoiles de mer du genre Acanthaster, des gastéropodes, des annélides, des échinides et des crustacés. Ces animaux n’emploient ni les mêmes pièces buccales ni la même stratégie de prélèvement.
Spécialisation et sélection des proies
Un corallivore obligatoire dépend étroitement des coraux vivants pour son alimentation, tandis qu’un corallivore facultatif exploite aussi d’autres ressources. Cette distinction concerne le régime réel de l’espèce et ne se déduit pas de sa seule présence sur un récif. Une même espèce peut modifier ses choix selon sa taille, le site ou la disponibilité des proies.
Les consommateurs sélectionnent souvent certains taxons, formes de croissance ou parties d’une colonie. La valeur nutritive, les défenses chimiques, la structure du squelette, l’accessibilité des polypes et la capacité de cicatrisation influencent ces préférences. La disparition des coraux préférés peut ainsi réduire l’abondance ou l’état corporel des corallivores les plus spécialisés.
Effets sur les coraux et le récif
Une morsure détruit une surface de tissu et mobilise des ressources pour la cicatrisation. Des prélèvements répétés peuvent réduire la croissance, la reproduction ou la capacité de compétition d’une colonie ; les plaies peuvent aussi interagir avec les microorganismes, les algues et d’autres stress. L’effet cumulé dépend toutefois de la taille des lésions, de leur fréquence, de l’espèce de corail et des conditions environnementales.
La corallivorie est une interaction naturelle, et son bilan n’est pas uniformément négatif à l’échelle du récif. Une prédation sélective peut modifier la compétition entre espèces de coraux. Certains petits consommateurs associés au corail prélèvent du mucus ou du tissu tout en repoussant des prédateurs plus dommageables. Après un blanchissement, une pollution ou une perte de couverture corallienne, les mêmes morsures peuvent en revanche peser davantage sur des colonies dont les réserves et la réparation sont déjà limitées.
Observation et interprétation
Une cicatrice blanche ne suffit pas à identifier le prédateur : maladie, abrasion, sédimentation ou mortalité récente peuvent produire des aspects voisins. L’étude de la corallivorie associe observations directes ou vidéo, morphologie et répétition des traces, analyse du contenu digestif et, selon la question, outils moléculaires ou isotopiques. La surface retirée, le rythme des morsures et la récupération du tissu renseignent mieux sur l’effet biologique qu’un simple décompte des contacts avec la colonie.