Histotrophie
L’histotrophie est une nutrition embryonnaire assurée par des sécrétions maternelles libérées dans l’appareil reproducteur. L’embryon absorbe ou ingère ce fluide, appelé histotrophe. Chez les poissons vivipares, ce transfert complète les réserves de l’œuf dans plusieurs lignées de téléostéens, de requins et de raies. Son importance varie selon l’espèce et le moment de la gestation.
Un apport après la fécondation
L’histotrophie appartient à la matrotrophie : la mère fournit des ressources au cours du développement, au-delà du vitellus accumulé dans l’ovocyte. L’épithélium ovarien ou utérin constitue l’interface sécrétrice. Les voies d’absorption embryonnaire diffèrent entre lignées et peuvent faire intervenir les surfaces épithéliales ou le tube digestif. La présence d’un liquide autour des embryons ne démontre toutefois pas, à elle seule, un transfert nutritif important.
Chez de nombreuses raies, notamment les Myliobatidae, la paroi utérine développe des prolongements vascularisés, les trophonèmes. Ceux-ci produisent un « lait utérin » dont les protéines et les lipides nourrissent les embryons. Leur vascularisation et l’amincissement de l’interface participent aussi aux échanges respiratoires. La fonction des trophonèmes dépasse donc la seule sécrétion alimentaire.
Des stratégies qui peuvent se succéder
L’utilisation du vitellus et celle des sécrétions maternelles ne sont pas toujours deux phases strictement séparées. Une contribution histotrophe peut compléter les réserves initiales, puis devenir plus importante. L’oophagie, consommation d’ovocytes nutritifs, constitue une autre voie d’approvisionnement ; elle ne doit pas être confondue avec l’absorption d’un fluide.
L’étude d’une femelle de grand requin blanc gestante a montré un abondant liquide utérin lipidique, des villosités sécrétrices et des œufs nutritifs. Les auteurs proposent une contribution histotrophe précoce, avant la prédominance de l’oophagie. Cette observation documente une combinaison de mécanismes chez cette espèce, sans établir un calendrier commun à tous les requins.
Une nutrition sans placenta obligatoire
Une viviparité aplacentaire peut comporter un apport maternel considérable par les sécrétions. Inversement, retenir les embryons jusqu’à la naissance ne prouve pas une histotrophie développée. La composition des fluides, les interfaces d’absorption et l’évolution de la masse sèche embryonnaire permettent d’évaluer la contribution réelle de cette nutrition.