Oophagie
L’oophagie est la consommation d’œufs ou d’ovules. En biologie de la reproduction des requins, le terme désigne surtout une forme de matrotrophie : après l’épuisement de son vitellus initial, l’embryon ingère des ovules non fécondés fournis par la mère. Cette nutrition augmente le transfert maternel au-delà de la réserve contenue dans l’œuf fécondé.
Une nutrition intra-utérine
Chez les Lamniformes, l’ovulation se poursuit pendant la gestation et libère des ovules non fécondés dans l’utérus. Les embryons sortis de leur capsule les localisent, les avalent et accumulent des réserves, souvent dans un estomac très distendu. L’oophagie est également documentée dans quelques autres lignées de requins, mais son organisation diffère : chez certains Pseudotriakidae, une quantité finie d’ovules se trouve dans la capsule associée à l’embryon.
Ce mécanisme apporte des nutriments maternels sans placenta. Il se distingue de l’histotrophie, dans laquelle l’embryon utilise des sécrétions utérines, et de la viviparité placentaire, où les échanges s’effectuent par une connexion spécialisée. Plusieurs sources de nutrition peuvent se succéder chez une même espèce au cours de la gestation.
Différence avec l’adelphophagie
L’oophagie n’est pas, au sens strict, un cannibalisme embryonnaire : les ovules consommés ne se sont pas développés en embryons. Elle se distingue donc de l’adelphophagie, au cours de laquelle un embryon en consomme un autre.
Les deux comportements peuvent néanmoins coexister. Chez le requin-taureau Carcharias taurus, le plus grand embryon de chaque utérus consomme d’abord des embryons plus petits, puis poursuit sa croissance par oophagie. Cette association propre à certaines espèces ne caractérise pas tous les requins oophages.
Portées du mot
Dans un réseau trophique, l’oophagie peut aussi désigner la consommation d’œufs déposés dans le milieu. Cet usage alimentaire général se distingue de la nutrition intra-utérine décrite ici. La comparaison de Miller, Wails et Sulikowski porte sur les stratégies de transfert maternel chez les requins ; ses résultats ne se transposent pas à toute prédation d’œufs. Le nombre de petits et leur taille à la naissance ne suivent pas une relation simple et universelle avec ce mode de nutrition. Dans la comparaison de 106 espèces menée par ces auteurs, les espèces oophages ont des portées plus petites, mais leur avantage en taille des jeunes dépend du mode reproducteur auquel elles sont comparées.