Étangs de la Dombes : la densité de poissons compte

27 juillet 2026

Étangs de la Dombes : la densité de poissons compte

Dans 38 étangs français et belges, les fortes densités piscicoles sont associées à moins de macrophytes : un repère pour concilier production et biodiversité.

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Environnement
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Actualité scientifique

Dans les étangs piscicoles, produire du poisson et préserver la biodiversité ne sont pas nécessairement deux objectifs incompatibles. Une étude publiée en 2026 dans Hydrobiologia montre toutefois que la densité du peuplement piscicole pèse fortement sur la richesse des macrophytes, c’est-à-dire les plantes aquatiques visibles à l’œil nu. Les chercheurs ont comparé 38 étangs gérés en France et en Belgique, dont 17 dans la Dombes. Leur résultat principal n’est pas un seuil universel à appliquer partout : plus la densité de poissons augmente, plus les communautés végétales locales tendent à perdre des espèces, jusqu’à devenir des sous-ensembles dominés par des plantes communes et tolérantes.

Des étangs de production qui sont aussi des habitats

La Dombes compte environ 1 100 étangs couvrant 11 500 hectares. Ces plans d’eau peu profonds, créés à partir du Moyen Âge, sont exploités principalement pour une pisciculture extensive et font partie d’un paysage reconnu pour sa valeur écologique. Les macrophytes y jouent plusieurs rôles : ils stabilisent les sédiments, limitent leur remise en suspension, offrent des refuges et des supports de reproduction, structurent les réseaux alimentaires et contribuent à la transparence de l’eau.

Les poissons modifient à leur tour cette végétation. Les espèces fouillant le fond, notamment la carpe commune Cyprinus carpio, peuvent déraciner des plantes et remettre des particules en suspension. Les cascades trophiques et les apports d’aliment influencent aussi les nutriments, le phytoplancton et la lumière disponible. La relation n’est donc pas un simple face-à-face entre une carpe et une plante : elle engage le fonctionnement entier de l’étang.

Pour tester l’effet de la gestion piscicole, l’équipe a comparé 17 étangs de la Dombes à 21 étangs du Midden-Limburg belge. Les deux régions regroupent des plans d’eau peu profonds, mais leurs systèmes de gestion couvrent des intensités différentes. Cette comparaison permet d’observer un gradient allant d’étangs non empoissonnés à une production intensive, tout en conservant un groupe français exploité selon deux modalités extensives.

Trente-huit étangs et cinq modalités de gestion

Les inventaires ont été réalisés pendant la saison de croissance de 2021. En France, où les étangs étudiés avaient une surface moyenne de 17 hectares, les botanistes ont utilisé des quadrats de 4 m² disposés tous les 50 mètres le long de trois transects, complétés par un relevé des berges. En Belgique, les étangs, plus petits, ont été parcourus entièrement jusqu’à ne plus trouver de nouvelle espèce. Les chercheurs ont aussi mesuré l’azote total et le phosphore total dans l’eau.

Dans la Dombes, la modalité la moins chargée utilisait un empoissonnement initial de 100 kg/ha, sans alimentation supplémentaire, pour une récolte finale inférieure à 500 kg/ha. La seconde utilisait environ 200 kg/ha au départ et 50 à 150 kg/ha/an de grains ou de granulés, pour une récolte comprise entre 500 et 900 kg/ha/an. Les étangs belges couvraient trois autres modalités : absence d’empoissonnement, élevage de juvéniles avec 200 à 400 kg/ha récoltés, et production intensive atteignant 1 200 à 1 500 kg/ha, avec environ 800 kg/ha/an d’aliment.

Cette description est essentielle pour interpréter les résultats. La densité de poissons, l’alimentation, les nutriments et les pratiques de vidange évoluent ensemble. L’étude est observationnelle : elle montre des relations cohérentes entre modalités de gestion et végétation, mais ne sépare pas expérimentalement chaque mécanisme.

Les fortes densités conservent surtout un noyau d’espèces communes

Au total, 109 taxons de macrophytes ont été recensés dans les 38 étangs : 55 hydrophytes, vivant dans l’eau, et 54 hélophytes, enracinées dans un sol gorgé d’eau mais développant leurs parties aériennes hors de l’eau. Soixante-quatre taxons ont été observés dans la Dombes et 75 dans le Midden-Limburg ; 30 étaient communs aux deux régions.

Dans les deux systèmes, les modalités à plus forte densité piscicole tendaient à présenter moins de taxons par étang. Le contraste était net en Belgique : la richesse médiane atteignait 31 taxons dans les étangs sans empoissonnement, contre 9 en élevage de juvéniles et 6 en production intensive. Les étangs sans poissons regroupaient 92 % des taxons de la région belge, contre 30 % pour les étangs intensifs.

Dans la Dombes, la modalité extensive la moins chargée regroupait 81 % des taxons régionaux, contre 61 % pour la modalité plus chargée. La différence de richesse locale allait dans le même sens, mais n’était pas statistiquement significative. Il serait donc excessif d’affirmer que doubler la densité initiale provoque à lui seul une perte chiffrée et certaine de plantes dans chaque étang français.

L’analyse de la diversité entre étangs affine le message. Sur l’ensemble des sites, 80,5 % de la variation de composition correspondait à un emboîtement des communautés, et 19,5 % à un remplacement d’espèces. Autrement dit, les étangs les plus pauvres abritaient surtout un sous-ensemble des espèces présentes dans les étangs les plus riches. Les densités élevées ne créaient pas systématiquement une flore différente et spécialisée ; elles filtraient plutôt les espèces sensibles pour laisser des généralistes tolérants, souvent des plantes émergentes de bordure.

Un résultat utile, mais pas un seuil réglementaire

L’étude ne fournit pas de densité maximale applicable à tous les étangs. La disparition ou le maintien des macrophytes dépend aussi de la morphologie, de la profondeur, du statut nutritif, de la composition du peuplement, de la pression des poissons benthiques, de l’alimentation et de l’historique de gestion. Les auteurs rappellent d’ailleurs qu’un basculement vers une eau trouble peut apparaître à des biomasses inférieures à 600 kg/ha dans certains contextes expérimentaux, sans transformer cette valeur en seuil universel.

La Dombes possède en outre une pratique particulière : après quatre à cinq années de production, certains étangs restent à sec pendant une saison complète. Cette mise en assec prolongée peut stimuler des plantes pionnières et modifier la richesse des années suivantes. Elle se superpose à la vidange courte utilisée pour la pêche. L’effet observé ne doit donc pas être transféré sans précaution à un lac, une mare permanente ou un bassin d’élevage intensif.

Enfin, la végétation n’est qu’une composante de la biodiversité. Une gestion favorable aux macrophytes peut bénéficier à d’autres organismes, mais l’étude n’a pas mesuré simultanément la santé des poissons, les oiseaux, les amphibiens ou les invertébrés dans les 38 sites. Concilier production, bien-être animal, prévention sanitaire et conservation exige une évaluation multicritère.

Transformer le résultat en plan de gestion

Pour les pisciculteurs, propriétaires et gestionnaires, le premier enseignement est de suivre la pression réelle plutôt que la seule densité prévue. L’empoissonnement initial, la biomasse récoltée, les apports d’aliment, l’azote, le phosphore, l’oxygène dissous, la transparence et la couverture végétale doivent être consignés d’une année sur l’autre. Un inventaire botanique reproductible, réalisé à saison comparable, permet de détecter une simplification progressive avant que l’étang ne change durablement d’état.

Le deuxième enseignement est paysager. Lorsque plusieurs étangs sont gérés ensemble, leur appliquer la même densité et le même calendrier peut homogénéiser les habitats. Maintenir une mosaïque de modalités — étangs de production moins ou plus chargés, phases d’assec et, lorsque les objectifs fonciers le permettent, étangs refuges sans empoissonnement — peut conserver davantage d’espèces à l’échelle du territoire. Cela ne signifie pas laisser tous les étangs sans poissons, mais organiser explicitement la complémentarité entre production et conservation.

Enfin, toute réduction de densité doit être raisonnée avec la viabilité économique, le risque de prédation, la maîtrise des espèces indésirables et le statut sanitaire du site. La bonne décision n’est pas un chiffre copié d’une publication : c’est un compromis documenté, réévalué avec les données de l’étang.

Conclusion

Cette étude franco-belge confirme que la gestion du stock piscicole façonne les communautés de plantes aquatiques. Les densités élevées sont associées à une richesse locale plus faible et à des assemblages dominés par un noyau d’espèces communes. Dans la Dombes, la tendance est cohérente mais le contraste entre les deux modalités extensives n’est pas statistiquement significatif. Le résultat invite donc à diversifier les régimes de gestion, suivre conjointement biomasse, nutriments et végétation, et éviter tout seuil universel déconnecté du contexte.

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Références

  1. Girard L., Robin J., Rouifed S., Tolon V., Wijns R., De Meester L., Wezel A., Lemmens P. Fish stock management as a driver of a nested community structure of macrophytes in fish pond systems. Hydrobiologia. 2026. https://doi.org/10.1007/s10750-026-06203-1.

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