Pêche électrique : des impulsions cumulées menacent la colonne des salmonidés

18 juillet 2026

Pêche électrique : des impulsions cumulées menacent la colonne des salmonidés

Dans une rivière de l’Idaho, trois appareils de pêche électrique dorsaux ont produit des impulsions pouvant se cumuler jusqu’à 180 Hz, avec de nombreuses lésions vertébrales invisibles chez les salmonidés.

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La pêche électrique est un outil central des inventaires piscicoles : elle permet de capturer, mesurer puis relâcher des poissons dans des cours d’eau où les filets seraient peu efficaces ou plus dommageables. Son caractère non létal ne signifie toutefois pas qu’elle est sans conséquence. Une étude menée dans la Big Wood River, dans l’Idaho, révèle que des lésions de la colonne peuvent rester invisibles à l’examen externe. Elle montre aussi qu’une équipe utilisant plusieurs appareils dorsaux réglés individuellement à 60 Hz peut, lorsque leurs champs se chevauchent, exposer ponctuellement les poissons à 120 ou 180 impulsions par seconde.

Le résultat ne justifie ni l’abandon de la pêche électrique ni une valeur universelle applicable à tous les cours d’eau. Il invite à considérer l’installation complète — nombre d’appareils, synchronisation, espacement, conductivité et comportement de l’équipe — plutôt que le seul réglage affiché sur chaque boîtier.

Une comparaison en conditions réelles

Kevin Meyer et ses collègues ont travaillé en septembre 2024 sur un tronçon de 12 km de la Big Wood River, à 1 800–1 900 m d’altitude. La largeur mouillée au débit de base était d’environ 15 m, la pente proche de 1 %, la conductivité voisine de 120 µS/cm et la température comprise entre 12 et 15 °C. Environ 6 km ont effectivement été prospectés, chaque portion n’étant pêchée qu’une fois afin de limiter l’exposition successive aux deux dispositifs comparés.

Avant la pêche électrique, près de 100 heures de pêche à la ligne ont permis de constituer un petit groupe de référence. Trente et une truites arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) et cinq ménominis des montagnes (Prosopium williamsoni) ont ainsi été radiographiés. Aucun ne présentait de lésion vertébrale acquise ; une truite avait deux vertèbres fusionnées, anomalie considérée comme congénitale.

Les chercheurs ont ensuite comparé deux organisations. La première mobilisait trois appareils dorsaux remontant la rivière en tandem. Chacun était réglé à 60 Hz, avec un rapport cyclique de 24 % et une tension de 300 V, pour une puissance moyenne d’environ 100 W et un courant de 0,25 à 0,4 A. La seconde utilisait une barge de 3,7 m munie de deux anodes synchronisées sur la même source : 60 Hz, 24 %, 400 V, 300 à 800 W et 0,8 à 2,0 A selon la profondeur.

La barge délivrait donc davantage de puissance. Pourtant, la fréquence mesurée près des appareils dorsaux n’est pas toujours restée à la valeur programmée. L’oscilloscope a confirmé des fréquences de 120 ou 180 Hz lorsque les champs de deux ou trois unités se superposaient. Les deux anodes de la barge, synchronisées, ne produisaient pas cette multiplication.

Des lésions visibles seulement à la radiographie

Au total, 395 truites arc-en-ciel de 180 à 504 mm et 128 ménominis de 205 à 483 mm ont été capturés par pêche électrique. Chaque poisson a été mesuré puis radiographié de dessus et de profil avec un appareil numérique portable. Deux lecteurs, qui ne connaissaient ni la taille ni le dispositif de capture, ont classé les images : absence de lésion, compression vertébrale, désalignement ou fracture.

La fréquence moyenne des lésions atteignait 44 % chez la truite arc-en-ciel, contre 13 % chez le ménomini. Toutes espèces confondues, elle était proche entre la barge et les appareils dorsaux : respectivement 34 % et 39 %. Le type de matériel ne ressortait donc pas comme le principal facteur explicatif du modèle statistique ; l’espèce et la taille comptaient davantage. Chez les truites, le risque culminait entre 250 et 350 mm au lieu d’augmenter régulièrement avec la longueur.

La nature des atteintes différait aussi. Chez les truites lésées, 62 % des observations correspondaient à des désalignements, 32 % à des compressions seules et 5 % à des fractures. Chez les ménominis, les proportions étaient de 8 %, 54 % et 38 %. Certaines courbures étaient discrètes : 21 % des désalignements ne s’accompagnaient d’aucune vertèbre manifestement déplacée par rapport à sa voisine. Les auteurs reconnaissent par ailleurs que des fissures très fines ont pu échapper aux clichés.

Ces chiffres ne doivent pas être assimilés à des taux de mortalité. L’étude évaluait la structure vertébrale immédiatement après la capture, pas la survie, la douleur ou la récupération à long terme. Une lésion radiographique légère peut cicatriser ; une atteinte plus importante peut affecter la nage sans signe extérieur immédiat. Le ménomini présentait moins de lésions osseuses mais semblait plus sensible aux manipulations, avec des saignements branchiaux observés sur le terrain. Un indicateur unique ne résume donc pas le bien-être.

Le chevauchement est une hypothèse forte, pas une preuve individuelle

L’équivalence entre la barge puissante et les appareils dorsaux a surpris les auteurs. Leur interprétation privilégiée est que certaines truites ont subi des fréquences effectives de 120 ou 180 Hz lorsque plusieurs opérateurs se rapprochaient ou encerclaient un habitat. Des contractions musculaires plus nombreuses ou plus intenses pourraient alors favoriser compressions et désalignements.

Mais l’étude n’a pas enregistré la position de chaque poisson par rapport aux anodes, la durée individuelle d’exposition ni le nombre exact d’impulsions reçu. Elle n’a pas non plus cherché la distance minimale évitant le chevauchement. Il est donc impossible de relier une radiographie donnée à un épisode mesuré de 120 ou 180 Hz. La proximité de l’anode, l’orientation du poisson, la profondeur et la rapidité de mise à l’épuisette restent des explications concurrentes. Les meilleurs modèles ne rendaient compte que de 16 à 17 % de la variabilité observée.

Une étude antérieure, conduite dans de petits cours d’eau de 1 à 6 m de large avec un seul appareil dorsal, éclaire ce contraste. À puissance moyenne et rapport cyclique constants, 30 et 60 Hz avaient produit le même taux de lésions vertébrales, 4 %, chez 230 et 222 truites respectivement. Le réglage à 60 Hz améliorait toutefois l’efficacité cumulée de capture, de 0,84 à 0,94. Ce résultat n’est pas contradictoire : la géométrie du site, la taille des poissons et surtout l’emploi d’une seule unité évitaient la configuration étudiée dans la Big Wood River.

Transformer le réglage en protocole d’équipe

Pour une opération de terrain, le premier enseignement est de vérifier le signal réellement produit dans l’eau. Lorsque plusieurs appareils sont nécessaires, leur fréquence nominale ne suffit pas. Un essai préalable avec oscilloscope ou un contrôle équivalent peut identifier les superpositions, tandis qu’une procédure doit préciser l’espacement, la synchronisation éventuelle et la conduite à tenir dans les habitats où les opérateurs convergent.

La fréquence doit être ajustée avec prudence. Les auteurs proposent d’évaluer 20 à 30 Hz avec plusieurs appareils, mais ils ne démontrent pas encore que cette plage préservera à la fois les poissons et l’efficacité de capture. Une baisse excessive pourrait sous-échantillonner certaines tailles ou espèces et fragiliser les estimations d’abondance. Le bon compromis doit être validé pour la conductivité, la profondeur, les espèces et le matériel concernés.

Le protocole devrait aussi limiter le temps passé dans le champ, organiser une mise à l’épuisette rapide, maintenir l’oxygénation des contenants et consigner température, conductivité, tension, fréquence, rapport cyclique, puissance, nombre d’anodes et incidents. Des critères d’arrêt doivent être prévus en cas de mortalité, de saignement branchial, de nage anormale ou de récupération prolongée. Pour les programmes répétés, un audit des lésions sur un sous-échantillon peut révéler un dommage que l’observation externe ne détecte pas.

Vetofish peut accompagner les équipes d’inventaire et de sauvegarde dans l’analyse de risque, la rédaction des procédures, le choix des indicateurs et la formation des opérateurs. La leçon principale est collective : la sécurité d’une pêche électrique ne dépend pas seulement d’un bon réglage, mais de la manière dont tous les appareils et tous les gestes interagissent dans la rivière.

Références

  • Meyer K. A., Reynolds J. B., Frawley S. E. et al. (2025). “Spinal injuries in Rainbow Trout and Mountain Whitefish captured in a wadeable river using backpack- and barge-mounted electrofishers.” North American Journal of Fisheries Management, 45(6), 1108–1115. https://doi.org/10.1093/najfmt/vqaf087
  • Idaho Department of Fish and Game (2025). Wild Trout Evaluations — Annual Progress Report, sous-projet 4, p. 58–76. Rapport primaire intégral
  • Chiaramonte L. V., Meyer K. A., Branigan P. R., Reynolds J. B. (2020). “Effect of Pulsed DC Frequency on Capture Efficiency and Spinal Injury of Trout in Small Streams.” North American Journal of Fisheries Management, 40, 691–699. https://doi.org/10.1002/nafm.10440

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