Immunodominance

L’immunodominance est la concentration d’une réponse immunitaire adaptative sur quelques épitopes parmi les nombreux déterminants que porte un antigène ou un agent infectieux. Les populations de lymphocytes qui reconnaissent ces cibles deviennent plus abondantes ou produisent une réponse plus intense que celles dirigées contre des épitopes sous-dominants. Cette hiérarchie décrit une réponse observée dans un contexte donné, plutôt qu’une qualité permanente de l’antigène.

Construction de la hiérarchie

Pour les lymphocytes T, plusieurs étapes contribuent au résultat : disponibilité de l’antigène, traitement de ses protéines, production des peptides et présentation par les molécules du complexe majeur d’histocompatibilité. La liaison d’un peptide à ces molécules compte, mais elle ne suffit pas à prédire l’importance de la réponse. La fréquence initiale des clones capables de reconnaître le complexe et leurs possibilités de multiplication interviennent aussi.

La hiérarchie peut donc différer entre deux hôtes exposés au même agent. Elle dépend notamment de leurs molécules d’histocompatibilité, de leur répertoire lymphocytaire et de leurs expositions antérieures. Le tissu étudié, le moment du prélèvement et la méthode de mesure influencent également la hiérarchie apparente. Un épitope peu représenté dans un prélèvement sanguin n’est pas nécessairement ignoré dans tous les compartiments.

Les lymphocytes B reconnaissent des structures accessibles de l’antigène, parfois constituées de régions éloignées dans sa séquence mais rapprochées dans l’espace. Leur reconnaissance ne se réduit pas à la présentation de peptides qui caractérise les lymphocytes T. L’accessibilité des sites, l’affinité des récepteurs et la compétition entre clones contribuent à une immunodominance humorale. Les deux mécanismes sont liés dans la réponse adaptative, sans être interchangeables.

Mesurer une dominance

La quantité d’anticorps dirigés contre un site et la fréquence de cellules répondant à un peptide renseignent sur des composantes différentes. Leur comparaison repose sur une exposition, un calendrier et une méthode compatibles. Une réponse faible peut traduire un recrutement limité, mais aussi une mesure effectuée trop tôt ou dans un compartiment peu représentatif.

L’immunodominance ne se confond pas avec l’immunogénicité, qui est la capacité à déclencher une réponse. Elle décrit la répartition de cette réponse entre les cibles disponibles. Elle ne mesure pas non plus directement sa diversité fonctionnelle ni sa durée.

Portée vaccinale et limites

Une réaction immunitaire dominante peut cibler un site utile à la protection. Elle peut aussi porter surtout sur un déterminant variable ou dont la reconnaissance n’empêche pas l’infection. Une forte réponse dirigée contre un seul épitope ne garantit donc ni neutralisation ni protection contre tous les variants d’un agent.

L’étude des hiérarchies aide à concevoir des antigènes qui rendent accessibles des cibles moins spontanément reconnues. Des travaux sur la grippe explorent cette possibilité pour les réponses B. Ces résultats dépendent cependant du modèle et des antigènes étudiés : ils ne constituent pas une démonstration d’efficacité chez les poissons. En vaccinologie aquatique, l’interprétation associe la hiérarchie mesurée à des données propres à l’espèce, au pathogène, aux muqueuses concernées et à la protection effectivement observée.

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