Polymorphe (morphologie)
En morphologie, polymorphe qualifie une population ou une espèce présentant plusieurs formes reconnaissables d’un caractère. Ces formes peuvent différer par la coloration, les proportions corporelles, la dentition ou d’autres traits. Le terme décrit une organisation de la variation observée ; il ne démontre pas, à lui seul, une cause génétique, une adaptation ou la coexistence de plusieurs espèces.
Reconnaître les formes
Dans un sens strict, un polymorphisme distingue des morphes relativement discrets. Dans certains travaux d’écologie morphologique, l’expression décrit plus largement des différences de forme associées à des habitats. La portée du mot dépend alors des caractères et des distributions analysés. Deux individus extrêmes dans une variation continue ne suffisent pas à établir deux catégories naturelles.
Chez les poissons de cours d’eau, Senay et ses collègues ont comparé la taille et la forme d’individus de différentes espèces entre radiers, secteurs courants et fosses. Des différences existaient chez plusieurs espèces, mais leur direction n’était pas uniforme entre espèces. Cette observation documente des variations associées aux habitats ; elle ne démontre pas une réponse anatomique universelle à chaque type de courant.
Des causes qui peuvent se combiner
Les différences peuvent avoir une composante héréditaire, résulter de la plasticité du phénotype, ou être liées au développement, au sexe et à la saison. Ces possibilités ne s’excluent pas nécessairement. La plasticité phénotypique est la capacité de produire des phénotypes différents en réponse à l’environnement ; elle ne se déduit pas de la seule coexistence de formes.
Un écotype correspond à une différenciation associée à des conditions écologiques. Son interprétation va donc au-delà du simple constat d’une différence d’aspect. Des comparaisons développementales, écologiques ou génétiques peuvent départager les explications possibles.
Conséquences pour l’identification
Plusieurs morphes peuvent appartenir à une même espèce, tandis que des espèces distinctes peuvent se ressembler. Ni une couleur différente ni une silhouette similaire ne suffisent donc à trancher une identité taxonomique. Le qualificatif polymorphe s’emploie aussi pour un locus génétique : la variation de forme visible et la variation allélique restent des niveaux de description différents.