Moules quagga fixées de manière irrégulière sur des galets et des sédiments au fond du Léman, dans une eau douce aux particules discrètes.

Moule quagga au Léman : lire le suivi selon la profondeur

Le suivi 2024 du Léman associe prélèvements et images du fond. Il décrit une forte variation des moules quagga avec la profondeur, mais deux campagnes ne suffisent pas à établir la trajectoire de l’invasion ni l’état des zones non échantillonnées.

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Un tapis de moules photographié près de la rive ne décrit pas tout un lac. À l’inverse, une faible densité dans un secteur profond ne garantit pas que les prises d’eau ou les habitats littoraux sont peu exposés. Le rapport de surveillance de la CIPEL sur la campagne 2024 permet d’examiner cette différence d’échelle au Léman.

Le document concerne la moule quagga, nommée Dreissena rostriformis bugensis dans le rapport. Il présente un suivi préliminaire comparant les campagnes 2022 et 2024. Ce sont des observations datées, qui ne doivent pas être présentées comme une nouvelle cartographie complète réalisée en novembre 2026.

Soixante-douze sites le long de la profondeur

La campagne de juin 2024 couvre soixante-douze sites répartis en transects, entre dix et trois cent neuf mètres de profondeur. Les équipes associent des prélèvements à la benne à sédiment et un système d’imagerie benthique. Trois prélèvements sont réalisés par site, tandis que les images servent à estimer la proportion de fond couverte.

Le protocole ne couvre pas les dix premiers mètres de profondeur. Cette contrainte d’accès du bateau délimite le résultat : le suivi décrit son domaine d’échantillonnage, pas tous les habitats du rivage. Elle compte particulièrement lorsque l’on cherche à comprendre où une autre espèce pourrait persister.

Les moules prélevées sont comptées et mesurées. La densité correspond au nombre d’individus ramené à une surface. La biomasse organique est estimée à partir d’un modèle reliant longueur de coquille et poids sec sans cendres, établi sur des données antérieures. Elle ne doit pas être confondue avec un poids frais directement mesuré partout dans le lac.

Des images et des bennes qui répondent à deux questions

La benne permet de dénombrer des individus dans la surface prélevée. L’image décrit un recouvrement visible, sur une surface définie. Une proportion de fond couvert et une densité ne sont pas deux façons interchangeables d’exprimer exactement la même mesure.

Quatre sites n’ont pas fourni d’images permettant une mesure suffisamment précise. L’analyse du recouvrement porte donc sur soixante-huit sites, et non sur soixante-douze mesures complètes pour chaque méthode. Cette différence rappelle l’intérêt de conserver les motifs d’exclusion et les données manquantes.

Les résultats montrent une présence importante dans les zones peu profondes échantillonnées, puis une diminution avec la profondeur. Aucun individu n’a été observé au-delà de deux cent cinquante mètres dans les prélèvements rapportés. Cette observation ne permet pas d’attribuer une limite physiologique universelle à l’espèce.

Ne pas transformer une absence locale en disparition

Aucune moule zébrée vivante n’a été identifiée dans les échantillons 2024 présentés, alors que son ADN environnemental reste détectable. Le rapport souligne que les zones de moins de dix mètres n’ont pas été incluses. Il ne conclut donc pas à une disparition de la moule zébrée de l’ensemble du Léman.

Pour un gestionnaire, le message concerne le périmètre de la preuve. Une méthode moléculaire et un prélèvement d’adultes ne renseignent pas nécessairement sur la même forme de présence. Leur rapprochement demande de conserver les lieux, les dates et les limites de détection plutôt que d’opposer simplement un résultat positif à un résultat négatif.

L’identification compte aussi. Les deux espèces de dreissènes peuvent présenter des coquilles variables. Dans le suivi, les auteurs utilisent notamment la forme de la suture ventrale. Une photographie éloignée d’un tapis de bivalves ne suffit pas à confirmer chaque espèce ; l’illustration de cet article n’est pas une clé d’identification.

Deux campagnes ne fixent pas la trajectoire

La comparaison 2022–2024 ne montre pas d’augmentation significative de la densité moyenne à l’échelle étudiée. Le rapport discute aussi l’évolution des tailles et de la biomasse. Une densité stable n’implique pas que chaque station reste identique ni que les conséquences écologiques sont stabilisées.

Les relations observées avec la température et l’oxygène sont des associations de terrain. Profondeur, disponibilité des ressources et histoire de colonisation peuvent intervenir ensemble. Elles ne fournissent pas une consigne de traitement du milieu ni un seuil de sécurité pour les infrastructures.

Le mécanisme de filtration du phytoplancton aide à formuler des questions sur le réseau alimentaire. Ce suivi de moules ne mesure toutefois pas à lui seul une baisse des poissons imputable à l’invasion. Une conséquence plausible doit être distinguée d’un effet local quantifié avec un dispositif adapté.

Relier le suivi à la décision attendue

Un programme consacré à une prise d’eau peut avoir besoin de stations proches de l’ouvrage, alors qu’un suivi écologique cherche à couvrir des habitats et profondeurs. Ces objectifs peuvent se compléter, mais aucun ne remplace automatiquement l’autre. Il faut préciser l’espace, la variable et la décision que les données doivent éclairer.

La biosécurité du matériel reste pertinente lorsque les équipes changent de secteur ou de plan d’eau. Organiser les opérations et la traçabilité évite que le suivi devienne une occasion de transport involontaire. Aucun traitement chimique du lac ni nouvelle obligation réglementaire n’est proposé ici.

Une lecture par profondeur, avec ses limites

Le rapport fournit un état documenté des zones examinées et une base de comparaison. Sa valeur dépend du maintien de ces limites dans l’interprétation. Poursuivre les séries et expliciter les zones absentes est plus informatif que résumer le lac par une seule image ou une tendance définitive.

Le conseil et l’accompagnement Vetofish peuvent aider à relier objectifs, prélèvements et interprétation. Pour les gestionnaires de milieux aquatiques, l’enjeu est de construire un suivi proportionné aux décisions écologiques et sanitaires du site.

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