
15 juillet 2026
Aquariums publics : observer l’effet des visiteurs sur les poissons
Une étude menée sur deux espèces d’eau douce montre comment enrichissement alimentaire, compétition et fréquentation peuvent modifier les comportements dans un bassin public.
Un bassin d’aquarium public n’est pas seulement un milieu physique : c’est aussi un espace exposé à des variations quotidiennes de fréquentation. Déplacements, silhouettes, vibrations et activité devant la vitre peuvent coïncider avec les nourrissages ou les animations. Une étude publiée en 2025 a suivi deux espèces de poissons d’eau douce dans un aquarium brésilien afin d’évaluer simultanément un enrichissement alimentaire et la présence des visiteurs. Elle montre surtout l’intérêt de mesurer les réponses espèce par espèce, sans qualifier trop vite toute hausse d’activité comme un progrès de bien-être.
Deux espèces, un même bassin, des réponses différentes
L’étude a été menée à l’Aquarium du bassin du São Francisco, au zoo de Belo Horizonte. Le bassin communautaire contenait cinq pacus adultes, Myleus micans, et six curimbas adultes, Prochilodus argenteus. Ces espèces endémiques du bassin du São Francisco présentent des morphologies et des stratégies alimentaires différentes : le pacu est principalement herbivore, tandis que le curimba exploite notamment les ressources du substrat.
Les chercheurs ont construit un éthogramme après douze heures d’observations préliminaires. Ils ont ensuite comparé trois phases : une situation de référence sans enrichissement, une phase avec enrichissement alimentaire, puis une phase après retrait. Chaque phase représentait trente heures d’observation. Les comportements étaient relevés à intervalles d’une minute, et le nombre de visiteurs passant ou restant devant le bassin était compté pendant les sessions.
Au total, 59 400 enregistrements comportementaux ont été produits. Ce volume de données ne doit pas masquer la taille biologique de l’étude : onze poissons, deux espèces et un seul bassin. Les résultats décrivent solidement ce système, mais ne permettent pas d’affirmer que toutes les espèces ou toutes les installations réagiront de la même manière.
Ralentir l’accès à la nourriture
L’enrichissement prenait la forme de blocs cuits à dissolution lente, élaborés par les équipes de nutrition et d’aquariologie. Ils contenaient notamment de l’aliment et de la farine intégrés à une matrice durcie. Six blocs étaient placés dans le bassin un jour sur deux pendant la phase d’enrichissement. Leur dégradation progressive libérait des particules et prolongeait la recherche alimentaire.
L’objectif n’était pas simplement d’apporter une ration différente. Dans les établissements zoologiques, un aliment distribué rapidement au même endroit peut réduire le temps consacré à l’exploration et concentrer les animaux. Un dispositif alimentaire peut au contraire mobiliser la recherche, la manipulation ou le fouissage. Il doit cependant rester compatible avec la ration, la qualité de l’eau, la sécurité du bassin et les capacités alimentaires de chaque espèce.
Moins d’inactivité ne signifie pas automatiquement mieux-être
Pendant l’enrichissement, l’inactivité a diminué chez les pacus et les curimbas. Chez les curimbas, la recherche alimentaire et la diversité comportementale ont augmenté. Les pacus fragmentaient les blocs avec leurs mâchoires, dispersant des particules que les curimbas continuaient à rechercher sur le substrat. Le comportement d’une espèce créait ainsi des opportunités pour l’autre.
Mais le tableau n’était pas uniformément positif. Les curimbas ont aussi présenté davantage d’interactions agonistiques, de fuite après ces interactions et de périodes hors du champ d’observation. Les auteurs relient cette compétition au nombre limité de blocs. Ils recommandent, pour de futurs essais, de prévoir au moins autant d’items que d’individus afin de réduire la monopolisation.
Chez les pacus, l’enrichissement a réduit l’inactivité sans modifier significativement les autres comportements principaux. Leur diversité comportementale a même diminué pendant cette phase. Un indicateur isolé — activité, diversité ou fréquence de nourrissage — ne suffit donc pas à conclure. L’évaluation doit associer plusieurs réponses et rechercher d’éventuels effets indésirables.
Les visiteurs : une variable liée à l’horaire
Lorsque le nombre de visiteurs augmentait, les poissons étaient moins souvent inactifs et interagissaient moins avec le dispositif, tandis que la recherche alimentaire et certains autres comportements étaient davantage observés. Les comportements de nage rapide ou lente, l’agression et la fuite après interaction agonistique n’étaient pas corrélés au nombre de visiteurs.
Ces associations ne prouvent pas que les visiteurs ont directement provoqué tous les changements. Les blocs étaient proposés le matin, lorsque la fréquentation était faible, et ils étaient souvent consommés avant le pic de visites de l’après-midi. La baisse d’interaction avec le dispositif pouvait donc refléter sa disparition plutôt qu’un évitement du public. De même, des poissons actifs peuvent attirer davantage de visiteurs devant le bassin : la causalité peut fonctionner dans les deux sens.
Cette limite est essentielle pour les suivis en établissement. Heure, nourrissage, activité de l’équipe, nettoyage, lumière, température et affluence varient souvent ensemble. Un protocole doit les enregistrer séparément et, lorsque cela est possible, comparer des périodes équivalentes avec et sans public.
Construire un suivi comportemental utile
Un éthogramme opérationnel décrit des comportements observables sans leur attribuer d’emblée une émotion : nage lente, immobilité, recherche sur le substrat, interaction avec un objet, poursuite, refuge ou absence de visibilité. Les définitions doivent être assez précises pour que deux observateurs classent une même séquence de façon comparable.
Le plan d’observation doit couvrir plusieurs jours et horaires, y compris des périodes calmes. La localisation dans le bassin apporte une information supplémentaire : un poisson actif uniquement loin de la vitre ne raconte pas la même chose qu’un animal utilisant tout l’espace. Les données de fréquentation peuvent être complétées par le bruit, les vibrations ou les événements particuliers, sans filmer ni identifier les visiteurs lorsque cela n’est pas nécessaire.
Avant de pérenniser un enrichissement alimentaire, l’équipe vérifie aussi la consommation réelle, la répartition entre individus, les interactions agressives, les restes et l’effet sur la filtration. La quantité d’aliment utilisée doit être intégrée à la ration totale. Toute matrice ou tout objet doit être évalué pour sa composition, sa stabilité et le risque d’ingestion accidentelle.
Penser l’enrichissement comme une hypothèse testable
La forme du dispositif doit correspondre à l’écologie de l’espèce. Un bloc à fragmenter peut convenir à un poisson doté de mâchoires puissantes et profiter indirectement à un fouilleur, mais concentrer excessivement la compétition. Plusieurs points de distribution, des horaires variables ou des particules dispersées peuvent produire d’autres réponses.
Il est également utile de prévoir des critères d’arrêt : blessures, exclusion persistante d’un individu, dégradation de l’eau ou hausse nette des conduites agonistiques. Le but n’est pas de maintenir une nouveauté parce qu’elle attire le public, mais de vérifier qu’elle augmente les possibilités comportementales sans créer un coût disproportionné.
L’accompagnement Vetofish
Vetofish peut aider les aquariums publics à construire un éthogramme, choisir des indicateurs de santé et de comportement, planifier les observations et interpréter les résultats avec les données de nourrissage, de fréquentation et de qualité d’eau. L’accompagnement peut aussi intégrer l’analyse nutritionnelle et sanitaire d’un dispositif avant son essai.
Cette approche transforme l’enrichissement et la relation au public en démarche révisable. Les visiteurs ne sont ni systématiquement un stress, ni automatiquement un enrichissement. Leur effet dépend des espèces, du bassin, de l’horaire et des événements associés. L’observation structurée permet de passer d’une impression à une décision documentée.
Références
- Silva AA, de Azevedo CS, Cipreste CF, Pizzutto CS, Eskinazi Sant’Anna EM. “How Does Food Enrichment and the Presence of Visitors Affect the Behaviour of Two Species of Freshwater Fish in a Public Aquarium?” Journal of Zoological and Botanical Gardens. 2025;6(3):35. doi:10.3390/jzbg6030035.
- Barros IB, de Azevedo CS, Cipreste CF, Reisfeld LC, Suzana T, Capriolli RG, Pizzutto CS. “The Impact of Food Enrichment on the Behavior of Cownose Ray (Rhinoptera bonasus) Kept under Human Care.” Journal of Zoological and Botanical Gardens. 2024;5:325–337. doi:10.3390/jzbg5020022.
- Williams E, Hunton V, Hosey G, Ward SJ. “The Impact of Visitors on Non-Primate Species in Zoos: A Quantitative Review.” Animals. 2023;13(7):1178. doi:10.3390/ani13071178.