Bassin d’élevage aquacole en circuit recirculé avec poissons, pompes et conduites de traitement de l’eau

Énergie des RAS : comparer sans mélanger les indicateurs

Deux élevages en circuit recirculé peuvent annoncer des consommations très différentes sans que l’un soit nécessairement moins performant. Périmètre, biomasse, durée et niveau de traitement doivent d’abord être rendus comparables.

Type de contenu
Actualité scientifique
Secteur
Aquacultures
Groupe d’animaux
Poissons
Thématique
Techniques et équipementsÉcologie et environnement

Un système aquacole recirculé consomme de l’électricité pour déplacer, oxygéner et traiter l’eau. Cette évidence ne suffit pourtant pas à comparer deux installations. Une revue systématique publiée en 2026 montre que les études n’emploient ni les mêmes frontières ni les mêmes dénominateurs. Une valeur exprimée par kilogramme de poisson, par mètre cube ou par jour ne répond pas à la même question. Avant de chercher un classement, il faut donc reconstruire ce que chaque chiffre mesure.

Un même mot recouvre plusieurs périmètres

Le sigle RAS désigne des installations d’aquaculture en circuit recirculé très différentes. Certaines publications comptabilisent uniquement les pompes du circuit principal. D’autres ajoutent l’oxygénation, le chauffage ou le refroidissement, les ultraviolets, l’ozone, l’éclairage, la production d’aliment, les bâtiments ou le traitement des effluents. La revue de Klatt et ses collègues a retenu 22 études quantitatives, mais cette diversité limitait les comparaisons directes.

La première étape consiste à tracer une frontière. Pour un audit d’exploitation, le compteur général décrit la facture réelle, mais il ne permet pas toujours d’attribuer une dérive à un équipement. Des sous-compteurs sur le pompage, l’injection d’oxygène, la régulation thermique et le traitement de l’eau rendent l’analyse plus utile. Le relevé doit aussi préciser si l’électricité produite sur place, les secours et les phases de démarrage sont inclus.

Le kilogramme produit ne raconte pas toute l’histoire

Rapporter les kilowattheures à la masse vendue facilite une comparaison économique. Cet indicateur dépend toutefois du taux de croissance, de la mortalité, de la durée du cycle et de la biomasse réellement présente. Une installation de recherche peu chargée peut apparaître très énergivore par kilogramme alors qu’elle maintient des conditions expérimentales qui ne visent pas le rendement commercial. À l’inverse, une forte densité d’élevage peut diluer une consommation fixe sans prouver que le système est mieux dimensionné ou plus robuste.

La revue de 2026 observe ainsi que les systèmes commerciaux rapportaient généralement une consommation plus faible que les systèmes de recherche, et que les systèmes d’eau douce étaient en moyenne moins consommateurs que ceux d’eau de mer. Ces tendances décrivent les études disponibles ; elles ne démontrent pas qu’un type d’installation sera toujours supérieur. Espèce, salinité, température, qualité d’eau recherchée et niveau de biosécurité peuvent déplacer fortement le besoin énergétique.

Un tableau de bord utile associe donc plusieurs lectures : kilowattheures totaux, consommation par kilogramme produit, énergie par kilogramme de biomasse et par unité de temps, ainsi que production obtenue. Les heures de fonctionnement et le débit des principaux équipements aident à distinguer une hausse liée à la charge d’une perte d’efficacité.

Pomper moins n’est pas automatiquement mieux

Le pompage représente souvent un poste majeur. Sa consommation dépend du débit et de la hauteur manométrique, mais aussi des pertes de charge dans les conduites, coudes, vannes et filtres. Un filtre colmaté ou une canalisation mal dimensionnée peut augmenter l’effort sans modifier visiblement le débit utile. Mesurer simultanément puissance, débit et pression permet de repérer cette dérive.

Réduire un débit uniquement pour abaisser le compteur peut en revanche dégrader l’élimination des solides, l’oxygénation ou la stabilité des paramètres d’eau. La décision doit rester liée aux besoins biologiques et au dimensionnement du traitement. Une économie qui augmente l’exposition à l’ammoniac, au dioxyde de carbone ou à une température inadaptée déplace le coût au lieu de l’éviter.

Le même raisonnement vaut pour l’oxygène dissous. La demande varie avec la biomasse, l’alimentation, l’activité et la température. Une consigne stable n’implique pas une demande stable. Il faut rapprocher l’énergie consommée des profils d’oxygène dissous, des apports d’aliment et des périodes de pointe, sans chercher une valeur universelle détachée de l’espèce.

Comparer des journées représentatives

Une mesure ponctuelle peut tomber après un lavage, pendant une faible ration ou lors d’un épisode climatique. Elle ne représente pas le cycle. Les données doivent couvrir les variations de biomasse, de saison, de température et de maintenance. Les arrêts, alarmes et remplacements d’équipement font partie de l’historique : les supprimer du jeu de données masque parfois la cause de la dépense.

Pour comparer deux sites, il faut au minimum documenter l’espèce et le stade, le volume utile, la biomasse moyenne et maximale, la production, l’aliment distribué, la température, la salinité, les débits, les procédés de traitement et la période observée. Le mix électrique n’influence pas le nombre de kilowattheures, mais il modifie l’empreinte carbone associée. Les deux indicateurs doivent rester séparés.

Passer d’un classement à une décision

La littérature disponible reste hétérogène et la revue souligne le manque de données commerciales standardisées. Elle permet surtout d’éviter de faux écarts. Une installation peut consommer davantage parce qu’elle chauffe une eau froide, traite une eau marine ou fonctionne à faible biomasse ; une autre peut sembler efficace parce qu’une partie de ses usages se trouve hors du périmètre déclaré.

L’action la plus robuste consiste à établir une ligne de base locale, puis à suivre les écarts à production et conditions comparables. Une hausse persistante invite à vérifier en priorité les filtres, les pertes de charge, les rendements des pompes, les fuites, les consignes et le calendrier de maintenance. Après modification, le gain énergétique doit être lu avec la qualité d’eau, la croissance, la mortalité et le bien-être des poissons.

Vetofish peut accompagner les élevages recirculés dans la définition de leurs indicateurs, l’analyse des équipements et l’interprétation conjointe des données énergétiques, zootechniques et sanitaires. L’objectif n’est pas de produire un chiffre flatteur, mais un indicateur assez précis pour orienter une décision sans fragiliser les poissons.

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