Saumon : le ratio EPA/DHA modifie croissance et réponse virale

27 juillet 2026

Saumon : le ratio EPA/DHA modifie croissance et réponse virale

Chez des alevins de saumon atlantique, trois aliments apportant autant d’EPA et de DHA au total mais dans des proportions différentes ont produit des effets distincts sur la croissance et l’infection par un alphavirus.

Secteur
Aquacultures
Thématiques
NutritionPathologies
Groupes animaux
Poissons
Type de contenu
Actualité scientifique

Deux aliments peuvent apporter la même quantité totale d’acides gras oméga-3 à longue chaîne sans avoir le même effet biologique. Une étude menée chez des alevins de saumon atlantique montre que la proportion relative d’acide eicosapentaénoïque (EPA) et d’acide docosahexaénoïque (DHA) influence la croissance et plusieurs composantes de la réponse à un alphavirus des salmonidés. Les résultats ne désignent pas un ratio unique protégeant contre tous les effets de l’infection : charge virale, lésions et mortalité n’évoluent pas toujours dans la même direction.

Trois ratios pour une quantité totale maintenue constante

L’EPA et le DHA sont deux acides gras polyinsaturés oméga-3 à longue chaîne. Ils participent notamment à la structure des membranes et à la production de médiateurs lipidiques. La diversification des matières premières — huiles de microalgues, huiles issues d’organismes génétiquement modifiés ou autres ressources — permet de moduler leur apport, mais peut aussi modifier leur proportion. Étudier uniquement la somme EPA + DHA risque donc de masquer un effet propre à leur équilibre.

Zhuang et ses collègues ont travaillé sur des alevins de Salmo salar pesant initialement 0,15 g. Pendant quatre semaines, les poissons ont reçu l’un de trois aliments expérimentaux. La quantité totale d’EPA et de DHA restait constante, tandis que le ratio EPA/DHA était fixé à 0,2, 0,9 ou 2,2. Cette conception permet d’isoler l’effet de la proportion relative, sans le confondre avec un apport global supérieur ou inférieur en oméga-3 à longue chaîne.

Les alevins ont ensuite été maintenus sur leur régime et exposés soit à une souche sauvage de l’alphavirus des salmonidés (SAV-WT), soit à une souche atténuée (SAV-Att). Le suivi a duré jusqu’à 28 jours après l’exposition et les poissons atteignaient environ 1,1 g à la fin de l’essai. Les auteurs ont évalué la croissance, les profils d’acides gras, la charge virale, les lésions histologiques et la mortalité.

Plus d’EPA par rapport au DHA n’a pas amélioré la croissance

Lorsque le ratio EPA/DHA augmentait, les performances de croissance diminuaient significativement. À quantité totale identique, l’aliment le plus riche en EPA relativement au DHA n’a donc pas produit le meilleur résultat chez ces alevins en premier nourrissage. Ce constat concerne cette formulation, ce stade et les conditions de l’essai ; il ne fournit pas à lui seul une valeur optimale pour tous les saumons ou toutes les phases d’élevage.

Après l’infection par la souche sauvage, les réserves lipidiques diminuaient nettement. La baisse concernait préférentiellement les acides gras mono-insaturés, tandis que les acides gras oméga-3 à longue chaîne étaient davantage préservés dans les tissus. Ce profil n’était pas observé avec la souche atténuée. Les auteurs y voient une mobilisation sélective des lipides pendant une infection active, mais l’étude ne permet pas de réduire ce phénomène à une seule voie métabolique.

Les effets sanitaires du ratio étaient plus complexes que l’effet sur la croissance. Les poissons nourris avec le ratio bas de 0,2 présentaient globalement une charge virale plus élevée, tout en montrant une amélioration histopathologique à la fin de l’essai. Avec le ratio élevé de 2,2, l’histopathologie finale montrait également des signes d’amélioration, mais la mortalité après exposition à SAV-WT était la plus élevée numériquement ; cette différence de mortalité n’était pas statistiquement significative. Le ratio intermédiaire de 0,9 était associé à des scores histopathologiques finaux moins favorables, sans mortalité accrue.

Ces résultats apparemment opposés sont précisément le message principal : un indicateur ne résume pas toute la résilience. Une charge virale élevée ne prédit pas mécaniquement la gravité des lésions au dernier prélèvement, et une histologie plus favorable ne garantit pas une meilleure survie. Le calendrier d’échantillonnage compte également, car une photographie finale peut suivre des trajectoires inflammatoires différentes.

Ce que l’essai permet — et ne permet pas — de conclure

L’étude confirme que le ratio EPA/DHA est une variable de formulation distincte de la somme EPA + DHA. Elle justifie de documenter les deux paramètres dans les essais d’aliments innovants, plutôt que de déclarer seulement la teneur totale en oméga-3. Elle montre aussi l’intérêt de suivre simultanément performances zootechniques, virologie, histopathologie et survie.

Elle ne démontre pas qu’un aliment donné prévient ou traite la maladie pancréatique en conditions commerciales. L’essai portait sur de très jeunes poissons, dans un environnement expérimental et avec une exposition contrôlée. Les résultats pourraient différer selon la génétique, la température, la dose virale, le stade marin, les autres nutriments, la durée d’alimentation ou le profil lipidique complet. La mortalité numériquement la plus élevée du groupe 2,2 n’étant pas significative, elle ne doit pas être présentée comme un effet établi du ratio élevé.

Le statut de la souche virale compte également. La réduction des réserves d’acides gras observée avec SAV-WT ne s’est pas reproduite avec SAV-Att. Cela rappelle qu’une réponse mesurée après un agent atténué ne représente pas nécessairement le coût métabolique d’une infection virulente.

Application pratique en aquaculture

Pour un fabricant ou un élevage, la conséquence immédiate est méthodologique. Toute modification de source lipidique devrait être évaluée sur la composition réelle de l’aliment, puis confirmée par l’analyse des tissus et par des indicateurs sanitaires complémentaires. Une décision ne devrait pas reposer sur un ratio isolé, encore moins être extrapolée d’alevins à des saumons en mer.

En présence d’un épisode clinique compatible avec un alphavirus, l’aliment ne remplace ni le diagnostic, ni les mesures de biosécurité, ni la stratégie sanitaire définie avec le vétérinaire et les autorités compétentes. La nutrition peut soutenir la robustesse, mais elle n’autorise pas à attribuer une baisse de croissance ou des lésions à une carence sans examens appropriés.

Vetofish peut accompagner la lecture critique d’essais nutritionnels, la construction de plans d’échantillonnage et l’interprétation conjointe des résultats zootechniques, histologiques et virologiques. L’objectif est de traduire une publication en hypothèse testable localement, pas en recommandation universelle prématurée.

Référence

  • Zhuang, Z., Hundal, B. K., Belghit, I., Sindre, H., Grove, S. & Liland, N. S. (2026). “Varying dietary EPA/DHA ratios influence growth and viral disease response in Atlantic Salmon (Salmo salar L.) fry.” Frontiers in Aquaculture. https://doi.org/10.3389/faquc.2026.1860524

Échangeons sur votre projet et vos besoins.

Nous contacter